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La "combativité hyperactive" ou Type-A

Dernière mise à jour : 14 déc. 2021


"La loi du plus fort” ou “loi de la jungle”. “Ne survivent que les loups et les lions”. “Dans la vie faut se battre pour obtenir ce que l’on veut”, “écrase ou tu te feras écraser". “Sois le meilleur sinon t’es rien !!”


Cette semaine nous débutons par un trait que nous pourrions intitulé "combativité hyperactive” que l’association américaine de psychiatrie nomme Type-A.


Comment ce trait fonctionne-t-il au quotidien ?


Les mots qui décrivent cette façon de fonctionner sont souvent « hyperactif(ve) », « dominant.e », « bulldozer », « locomotive ». Le comportement général semble être une recherche constante d’optimisation du temps visant à produire et gagner.


La compétition et la rentabilité sont de mise. Les rendez-vous sont minutés car l’agenda d’une journée de travail de ce trait ressemble au temps-plein hebdomadaire de 3 personnes.


Grandement encouragé par la civilisation industrielle occidentale, les injonctions internes sont un mélange entre « sois fort » et « dépêche-toi ». Le mots d’ordre constants sont « t’arrête pas », « sors-toi les doigts du … », « t’as pas mal ». Vite, vite, vite, penser, solutionner, agir.


Un problème = une solution, les réponses sonnent souvent comme « y’a qu’à » ou plutôt « t’as qu’à ». Il ne serait pas surprenant d’entendre de sa bouche « si tu as besoin d’un travail, t’as qu’à traverser la rue !! » ou bien “la France, tu l’aimes ou tu la quittes”.


La production constante d’adrénaline implique beaucoup d'impatience. Ils ou elles coupent la parole, réagissent au quart de tour, bougent beaucoup. Peut avoir tendance à décrédibiliser ou humilier sans s’en rendre compte ou bien le faire sciemment “dans l’intérêt” de l’autre. Le traitement des autres est d’ailleurs souvent à l’image de comment la personne se traite elle-même : intransigeance.


La frustration, l’échec et l’attente sont intolérables.


Sur quel système de croyance se déploie ce trait ?


"La loi du plus fort” ou “loi de la jungle”. “Ne survivent que les loups et les lions”. “Dans la vie faut se battre pour obtenir ce que l’on veut”, “écrase ou tu te feras écraser". “Sois le meilleur sinon t’es rien !!”


Une croyance commune à ce type de fonctionnement est que « les gens » pourraient se diviser en deux catégories : les winner / les looser. « La lenteur » ou « la faiblesse » sont très difficilement comprises et tolérées.


Cette deuxième catégorie de personnes est donc régulièrement affublée de “boulets”, “tortues”, “les mous”, “deux de tension”.


Sans frein ni cadre contenant, ce trait de personnalité peut afficher un certain mépris des règles et des lois, en général considérées comme des ralentisseurs inutiles ou du moins ne servant que pour “les autres”.


D’où cela vient-il ? (Ambiance originelle)


Parcours entrepreneurial ou héréditaire à succès, sport de haut niveau, ou à l’inverse milieux sociaux défavorisés en recherche de revanche.


Des milieux familiaux dominés par le culte du “masculin invulnérable”. Mythe de l’édification personnelle, de la gloire par l’effort, accompagné de l’obligation majeure de ”sortir du lot”.


Il n’est pas rare que le succès, les résultats ou la « brillance » ait été un moyen d’obtenir non de l’affection, sinon de la reconnaissance parentale”.


Quel nom porte ce trait dans d’autres grilles de lecture ?


Conquérant et s’efforçant à l’insensibilité, il n’est pas rare de rencontrer un fonctionnement relationnel de type « évitant » (théorie de l’attachement) : très avenant dans un contexte mondain, mais très difficile voire inaccessible à l’intimité (par nature, lieu de vulnérabilité).


Il est parfois également évoqué le terme de “dissociation” pour caractériser par exemple la séparation interne entre des éléments d’une situation donnée et les réactions émotionnelles ou ressentis qu’elle génère.


Peut ressembler au numéro 3 de l’ennéagramme (“réussite, projet, image de Soi) , au ENTJ (défi, franchise, décision) ou au ESTP (optimisation des résultats / dépenses énergétiques) du MBTI, “Orange” ou “rouge” en spirale dynamique (individualisme “vainqueur”).


Les Troubles du Déficit de l’Attention avec Hyperactivité (TDAH) sont fréquents chez ce trait, tout comme les fonctionnements cognitifs “atypiques”, communément appelés “zèbres” que ce soit sous leur version “laminaire” (“hémisphère gauche” : logique, hiérarchisation, méthode) ou bien “complexe” (“hémisphère droit” : association, mapping, sens).


Dominante émotionnelle : colère, soit un fort besoin d’écoute et de reconnaissance.


Où les trouvons-nous ?


Locomotive : Le fonctionnement ultra rapide de ce trait lui fait prendre régulièrement des places de leader, de direction, de coordination, de présidence. Même s’ils sont plus fréquents dans les milieux impliquant pouvoir ou performance, nous les rencontrons dans tous types d’activité ou de lieu dans la société.


Décideur : Ils ou elles pensent et agissent vite. Donc ils distribuent aisément les tâches aux autres. Orienté résultat, optimisation et solution, la fonction sociale est la dynamisation et la décision.


En quoi ce fonctionnement est-il difficile ?


Les temps d’arrêt, le repos, le calme. Tous ces moments de la vie qui n’ont pas de valeur « d’utilité », de production, de projet sont souvent considérés comme du temps perdu. L’oisiveté est l’enfer et la pire des tares. Le fonctionnement très “adrénalinique” rend ce trait propice aux explosions somatiques de type infarctus, hypertension, AVC, cancer.


Ne prend pas le temps de l’observation ou de la considération de la complexité, il ou elle peut donc courir vers une prise de décision sans en mesurer toutes les conséquences ou les “détails”.


Souvent intolérant ou hermétique à la sensibilité, il ou elle peut régulièrement choisir de « passer en force » et donc se montrer injuste, humiliant, harcelant.


Que faire avec quand nous sommes en relation ?


Maintenir l’activité : l’énergie est présente en quantité et doit impérativement trouver un exutoire pour éviter implosion ou explosion. Le sport et la compétition sont de bons catalyseurs et permettent à la personne d’exprimer son besoin “d’affrontement” et de dépassement.


Cadrer la fréquence et la durée des rencontres : Il y a souvent les bons jours et les mauvais (voire, les périodes). Dans ces derniers, les talons claquent à grande vitesse, les vrombissements de voix se font entendre. Dans ces situations, il est souvent contre-productif de se mettre sur son chemin : la personne n’écoutera pas et risque de nous “bousculer”. Le mail et le message texte sont à privilégier.


Lui faire gagner du temps, aller droit au grain : quand nous communiquons avec ce trait, il est souvent plus efficace d'avoir une communication très directe : sujet, verbe, complément. D’abord le cœur du message, puis un ou deux éléments additionnels, si disponible.


Problème et résultats : Si nous devons faire mention d’un problème, arriver avec une ou deux pistes de solutionnement, lui évitera la sensation d’avoir “tout à gérer” et donc les réactions fortes.


Un espace hors compétition (souvent avec le sexe opposée) : passé des années à courir, après plusieurs incidents de santé ou de ruptures relationnelles ou une fois atteint un objectif convoité (statut, promotion, ressoucre), la personne peut se montrer ouverte à partager un sas confidentiel et honnête pour expérimenter l’introspection et la reconnexion.


Du répondant : bien que “perdre la face” soit inenvisageable en public, elle pourra apprécier une remise “des points sur les i” en aparte franche et directe.


Rôle du conditionnement social ?


Vous l’aurez perçu, ce trait est sans doute l’un des plus valorisés dans le modèle culturel occidental contemporain. Depuis la mythologie jusqu’aux journaux télévisés, sont exposés ces “modèles de réussite”, puissants et invulnérables desquels il semblerait de bon ton de s’inspirer.


Les livres d’Histoire, les places et rues de nos villes, portent souvent les noms d’aventuriers et de conquérants qui ont su, contre vents et marées, braver les dangers.


Comme tout trait, ce dernier peut représenter un apport bénéfique pour notre société. Quand ses énergies sont cadrées et orientées, il peut incarner le facteur dynamique et inspirant au service de toute construction ou transition.


Toutefois, et comme nous en témoigne notre histoire ancienne et récente, quand rien ne vient accueillir et contenir cet ego, ou quand aucun but transcendant vient nourrir sa soif de dépassement, la toute puissance qui peut le caractériser, risque de détruire et de mutiler sans modération.


Pour aller plus loin :


Psychological perspectives on the type A behaviour pattern, Matthews, psychological bulletin, 1982, P293 - 323,


Personnalité et maladies somatiques, J-D. Guelfi et P. Hardy, Les personnalités pathologiques, Lavoisier, 2013, P258 - 263.


Stress management for the healthy type A, E. Roskies, the Guilford Press, 1987.


La semaine prochaine nous aborderons la situation des traits « perfectionnistes ».


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