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Le trait “antisocial” ou “anticonformiste”

Dernière mise à jour : 23 août

" Les gens sont des “moutons”, des lâches incapables de lutter contre “tous ces corrompus assoiffés de pouvoir ". La société est cruelle, injuste et hypocrite. Je ne fais pas partie ». Elle, le système, les gens sont souvent perçus comme désespérément “cons…formes, des “moutons” incapables de lutter contre “les tyrans”.


La semaine dernière nous avons abordé ce que certains courants de psychopathologie nomment le trait "obsessionnel" ou “perfectionniste”. Aujourd’hui, nous verrons les formes que peuvent prendre le trait “antisocial” ou “anticonformiste”.


Comment ce trait fonctionne-t-il au quotidien ?


« Les gens sont des “moutons” incapables de lutter contre “les tyrans”». « Je suis en marge, j'agis en marge, je provoque à outrance pour secouer, pour déranger». Ce type de fonctionnement se caractérise par son incommodité à faire partie de la société ou d’un groupe trop formel. L’horreur est souvent dans le standard et l’habituel.


Les « comme tout le monde », « tout le temps » ou « toujours pareil » vont souvent provoquer des mouvements de recul, d’explosion ou de rejet. Une caractéristique récurrente d’un trait antisocial est le besoin constant de changement et de stimulation. Faut qu’ça bouge. D’où une impression extérieure d'errance et d'instabilité.


C’est pourquoi un cv de ce type de dominante est riche d’expériences diverses et variées, mais de courtes durées. De l’aisance dans le sprint et de grandes difficultés dans le marathon du quotidien. Exalté par des missions courtes, ils ou elles perdent rapidement l’engouement des premiers temps s’ils ou elles ne sont pas fréquemment réalimentés.


Confondant souvent authenticité et violence, ils ou elles peuvent paraître provocants, humiliants, voire agressifs. « Sortir ses 4 vérités » est un comportement régulier.


L’autorité est souvent perçue comme douteuse et vécue comme intolérable. La confrontation systématique à la loi, la règle, le chef (les autres) vise à tester la stabilité, la franchise, la droiture. Quand le cadre est trop rigide ou à l'inverse "trop mou", ce trait peut chercher des combines pour y échapper par l'abus ou la fuite.


Souvent à l’aise dans une posture de “caméléon social”, ils ou elles s’adaptent rapidement à tous types de contexte par leur tchatche et leur créativité. La mythomanie accompagne fréquemment ce trait.


Il n’est pas rare que cette caractéristique s’accompagne de consommations d’alcool ou de stupéfiants.


Sur quel système de croyance se déploie ce trait ?


La société est cruelle, injuste et hypocrite.


Souvent en contact avec les populations les plus en fragilités ou les plus marginalisées de la société, le regard de ce trait est souvent focalisé sur les aspects les plus sombres et injustes des personnes comme des groupes. Une croyance alors fréquente est que “tout le monde se ment à soi-même” ou bien que gens comme société sont “lâches et hypocrites”.


Par ailleurs, la société, le système, les gens sont souvent perçus comme désespérément “cons…formes », des “moutons” incapables de lutter contre “les tyrans”. Ces derniers sont souvent “corrompus capitalistes, ultra-libéraux, assoiffés de pouvoir et d’argent”.


Des premiers il faut abuser, car ils le méritent. Des deuxièmes, il faut agir contre ou bien fuir.


Le fonctionnement “à côté” s’accompagne souvent d’un sentiment d’exclusion et de marginalité. Ils ou elles peuvent se sentir désespérément seuls et incompris, les seuls véritablement “honnêtes” à oser regarder la vérité en face et avoir le courage de mener une vie “réellement libre et honnête”.


D’où cela vient-il ? (Ambiance originelle)


Il n’est pas rare de découvrir derrière ce trait un milieu aisé ou bourgeois duquel il ou elle souhaite se démarquer pour revendiquer « l’injustice du monde ». Une autre origine récurrente, est un milieu de peu de ressources financières où la critique sociale est forte et où éventuellement déjà “l’entourloupe” est validée.


Dans les deux cas, la violence (physique et/ou psychique) ainsi que les compulsions de consommation (alcool, stupéfiants, accumulation de possessions matérielles) sont fréquentes.


Une origine moins reconnue mais peut être tout aussi agissante pourrait être la présence prématurée de grandes formes de sensibilités émotionnelles ou de très perspicaces “lucidités cognitives”. Puissantes empathies et compréhensions.


Ces deux qualités, quand elles apparaissent tôt et dans un contexte peu accueillant, amènent la personne à voir et à ne percevoir des personnes, que les “masques » ou bien les “failles logiques” des explications qui lui sont fournies.


La posture de méfiance et de critique systématique pourraient être comprises alors comme une compensation psychique (système de protection de l’esprit face à une situation intolérable).


Quel nom porte ce trait dans d’autres grilles de lecture ?


“Beige” (survie), “violet” (tribal) ou “rouge” (vainqueur tout puissant) en spirale dynamique, peut ressembler au type 7 de l’ennéagramme pour l’aspect volatile et son peu d’intérêt pour les responsabilités.


On lui retrouve des similitudes avec l’ISFP du MBTI pour le besoin d'aventures et de stimulation.


Fonctionnement cognitif régulièrement “complexe”, associant entre elles de grandes quantité d’informations hétéroclites et un besoin viscéral de sens.

Présente régulièrement 2 des 4 styles d'attachement : "évitant" pour sa difficulté à créer des relations authentiques avec les autres. "Désordonné" pour ses oscillations entre besoin de solitude et besoins de réassurances affectives.

Dominante émotionnelle exprimée : la colère. Toutefois et selon les grilles de lecture psychanalytique, ce trait serait mû par un complexe d’insécurité extraverti (crainte et recherche du risque). Ou les trouvons-nous ?

Dans un projet, un groupe, une société saine, il y a nécessairement la place et la perspective de « ceux qui ne font pas comme tout le monde ». Voir les choses que beaucoup ne perçoivent pas. Être sensible à ce que beaucoup ignorent, offre à la société en question, une possibilité de regard critique quant à ses croyances et ses fonctionnements. Au-delà des blessures et des bosses, ce trait apporte l’originalité et la critique de certaines formes de banalisation et amène souvent l’énergie du “faire autrement”. Les activités artistiques ou créatives attirent souvent son attention. La sympathie vis-à-vis de la marginalité lui donne sa place dans les activités d’accompagnement social, éducatif ou des défenses des droits des opprimés. De nombreux éducateurs, syndicalistes et enseignants partagent ce trait dans “la lutte contre le système et pour la volonté de justice sociale”. Le besoin d’un cadre franc et la recherche d’adrénaline que propose le contexte de la police ou de l’armée, offre une possibilité d’expression légale de son besoin de confrontation physique. L'adaptation et la rhétorique facile en font souvent de bons commerciaux d'amorce ou de premier contact. En quoi ce fonctionnement est-il difficile ?

Critique et opposition : l’esprit critique peut s’être mis en "mode automatique". Ici, “la recherche de la petite bête”, le pointage des incohérences et les titillements rhétoriques peuvent devenir envahissants. Insupportabilité à l’autorité, la hiérarchie, la règle : comme beaucoup de fonctionnement égocentrique, ce trait peut considérer que la loi et les règles sont plutôt faites pour les autres et tenter de les éviter. Quand il considère que ces règles sont injustes, il peut s’inscrire dans une opposition frontale envers ceux qui les incarnent où bien fuire sans crier gare. De la lourdeur à la violence : les provocations ou les remarques blessantes peuvent aussi se muer en formes d’agressivité et de violence physique. Désengagement et fuite des responsabilités : quand la personne se sent attrapée dans une situation ou un engagement, elle pourra user de différentes techniques comme “l’usure”, “l’enfreinte régulière au cadre” (absences, retards, départs), la démission. Consommations et conduites à risque : peut prendre une voie “d’écorché vif”, auquel cas l’usage de drogues ou d’alcool peut devenir fréquent. Errance : cette sensibilité et cette façon singulière de percevoir le monde et la société rend difficile la rencontre avec "sa place". Il ou elle peut passer beaucoup de temps avant de se stabiliser dans un espace, une relation, une activité. Que faire avec quand nous sommes en relation ?

Faire preuve de transparence et de franchise : les questions de ce trait ont souvent deux fonctions : obtenir une information et analyser comment nous y répondons personnellement. S’il ou elle sent de l’incommodité ou de la dissimulation (même polie), il ou elle appuiera au même endroit jusqu’à obtenir “la vrai réponse”, la nôtre. Cadrer rapidement et fréquemment : les “erreurs” ou “fautes” peuvent être parfaitement fortuites. Elles sont également régulièrement des tests pour vérifier s'il y a du répondant en face. Si la loi est respectée. Quand ce n’est pas le cas, les débordements risquent de s’intensifier. Quand enfreinte ou abus, recadrer sans attendre et avec franchise en rappelant la situation, la règle, la sanction prévue et recontractualiser. Le suivi et la vigilance doivent être importants par la suite car la “dispersion” est fréquente et la menace de sanction est souvent vécue comme une tentation d’enfreindre à nouveau. Utiliser la pensée “out of the box” et le besoin de bouger : lui donner une liberté de mouvement et d’initiative à travers la poursuite d’objectifs "challengeants" desquels nous suivrons la progression avec fréquence : clarté de l'objectif et liberté d'exécution. Utiliser la responsabilité avec modération : par définition il est souvent plus efficace de donner des responsabilités ponctuelles au lieu d’engagements sur le long termes, possiblement étouffants ou effrayants. être attentif à ses fréquentations : passablement distrait, si son entourage a la même tendance, les choses confiées n’iront pas bien vite. être également vigilant à ses tendances “persécutrices” quand il est à proximité de personnalités réservées. Rôle du conditionnement social ?

Le décalage entre les lois émises et leur application réelle, ou bien ce que la sociologie nomme “anomie” (absence de règles ou impossibilité de suivre les règles énoncées), participent à l'apparition de ce type de trait ou de posture. Le lien entre injustice sociale, corruption et fonctionnement antisocial semble souvent corrélé. Les situations "physiques" de marginalisation sociale (éloignement vis-à-vis de l'emploi, de l'éducation, de la culture, des infrastructures sociales) tendent à se reproduire de façon transgénérationnelle. Le fait également que notre société se présente souvent comme une “société de consommation” n’est pas sans un bien lourd revers : une partie importante de la population a recours quotidiennement à des formes plus ou moins banalisées d'addictions (alcool, drogues, auto-médication, achats à crédit..). Pour aller plus loin …

Psychanalyse des comportements violents, C. Balier, le fil rouge, PUF, 1988. La personnalité antisociale, antithèse de la psychopathologie, J. Englebert et C. Adam, Déviance et société, 2017. Les personnalités pathologiques, Q. Debray et D. Nollet, Elsevier Masson, P105, 2011.


La semaine prochaine nous parlerons d'anxiété.


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